lundi 22 février 2016

L'INCOLORE TSUKURU TAZAKI ET SES ANNÉES DE PÈLERINAGE


L'INCOLORE TSUKURU TAZAKI ET SES ANNÉES DE PÈLERINAGE

traduit du japonais par Hélène Morita


Ce titre m'a longtemps laissée perplexe et m'a même un peu freinée, je n'y voyais pas de sens, j'avais du mal à le retenir.
J'étais donc ravie de comprendre assez vite ses allusions dès les premiers chapitres. Rien de trop tiré par les cheveux, rien à prendre au sens littéral non plus. "Incolore", l'absence de couleur, c'est tout simplement le manque de reliefs, de personnalité, qui caractérise notre personnage principal, Tsukuru Tazaki.

Comme toujours, j'ai été ravie de retrouver la plume hypnotique de Murakami et son univers si particulier. J'avais eu quelques craintes après 1Q84 qui ne m'avait pas entièrement convaincue, mais je resterai une inconditionnelle de Haruki Murakami à vie !
Ici je ne renoue pas avec le coup de coeur de La fin des temps mais je l'ai retrouvé sur un de ses terrains habituels qui ont su gagner mon adhésion même si ce n'est pas le registre dans lequel je le préfère (je pense entre autres à Au sud de la frontière, à l'ouest du soleilLa Ballade de l'impossible). Peut-être un peu trop "doucereux" pour moi, mais avec Murakami, c'est systématique, une fois que je lui ai saisi la main, je le suis où qu'il aille et où qu'il m'emmène, à son rythme et sans rechigner.

Je ne rentrerai pas dans le détail de l'histoire dont on trouvera des résumés partout et sur le fond duquel je n'ai pas grand chose à dire, une thématique principale, celle du passage à l'âge adulte pour résumer très brièvement, qui n'est pas vraiment une de mes thématiques de prédilection (mais avec Murakami, tout passe), et j'enchaîne directement sur mon ressenti.

Dans l'ensemble, j'ai passé un moment de lecture très agréable mais j'ai été un peu déçue des histoires lancées comme dans l'eau et dont on attendrait qu'elles refassent surface d'une manière ou d'une autre (Haida par exemple, le récit de son père). Je m'attendais à des liens tissés entre les histoires, même celles glissées comme une parenthèse. J'étais plus habituée à ce genre de tour de force chez Murakami, et là j'avoue que je me suis sentie lésée quelque part.
Rien de grave, car on survit très bien à ce manque grâce au reste de l'intrigue qui est assez étoffée, riche de sens et de réflexions pour qu'on y trouve son compte. N'empêche, on reste avec une série de questions sans réponse en sortant de ce livre, comme si l'auteur nous disait, "débrouillez-vous avec ça".
À moins qu'il y ait une suite prévue ? Je me souviens avoir eu le même désagrément et sentiment d'histoire non achevée avec La course au mouton sauvage, pour découvrir après que Danse, danse, danse était une sorte de suite qui a donné subitement tout son sens à l'histoire.

... Ou est-ce à prendre comme un ensemble musical (une thématique forte dans ce récit), avec une suite de... suites, sans forcément de liens entre elles, à part ceux, abstraits, des émotions qu'elles pourraient susciter chez l'auditeur, comme la mélancolie par exemple. D'où le titre en référence à Liszt ? Bon, pourquoi pas, mais j'avoue que je suis plus terre-à-terre que ça et que le procédé me laisse un peu sur ma faim.

J'ai repéré également un léger abus de métaphores qui ne m'avait pas frappée jusqu'à présent dans les romans de Murakami, en revanche, j'ai retrouvé avec bonheur la simplicité des mots et du ton de l'auteur qui sonnent tellement justes, on visualise toujours avec précision ce dont il parle, et j'ai beaucoup apprécié les petites observations éclairées qui parcourent son récit.

"- Merci, répondit-elle, puis, comme si elle ajoutait une note de bas de page en tout petits caractères : Peut-être aurons-nous l'occasion de nous revoir un jour."

"En somme, ce sont des séances, plus ou moins improvisées, de léger lavage de cerveau, destinées à former les bons soldats des entreprises. À la place des textes sacrés, on utilise des manuels, à la place de la révélation ou du paradis, on vous promet la réussite et de gros revenus annuels. C'est la nouvelle religion d'une époque pragmatique. Mais cette religion est dépourvue de transcendance, et tout y est chiffré concrètement."

Également commenté par Galéa.

Intègre le   avec 78 points.
(des fois, il est bon de ne pas se précipiter sur sa PAL mouahaha ! Sortir un livre au bon moment et BAM, 78 points !^^)

22 commentaires:

  1. Avec Murakami, c'e sont les chroniques de l'oiseau à ressort qui m'ont le plus plu. (le premier, d'ailleurs)
    Bravo pour le challenge!

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    1. Mon 2è préféré après La fin du temps, enfin quasi ex-aequo avec Kafka sur le rivage. Je n'ai rien trouvé d'aussi bon par la suite dans les oeuvres de Murakami, mais je reste fidèle.:-)
      (le 2è titre pour le challenge arrive bientôt !)

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  2. Ma seule tentative avec Murakami n'ayant pas du tout été convaincante, je n'ai jamais retenté le coup. Mais qui sait, un jour ou l'autre peut-être...

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    1. Je suis allée regarder celui que tu as lu. Bon, un seul tout petit recueil sur toute son oeuvre (et puis franchement pas le plus représentatif), c'est trop léger pour se faire une idée de son univers, je trouve.;-)

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  3. J'aime bien Murakami, mais ce titre-là ne me tente pas beaucoup. Et puis, j'en ai au moins trois autres sur mes étagères, oui trois : une honte !

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    1. Trois ? Une chance ou une honte, selon le point de vue, oui.;-) Je te recommanderais bien La fin des temps si tu l'as dan ta PAL. C'est celui qui m'a révélé LE Murakami. Bon, tu l'as peut-être déjà lu...

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  4. Un titre pareil, il fallait le trouver !
    Te voilà en troisième position sur ma liste de points ! Merci pour cette participation à mon challenge.
    Je n'ai encore rien lu de cet auteur.
    Bonne semaine;

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    1. Aaah que j'étais fière de cette trouvaille dans ma PAL ! J'ai failli passer à côté en plus. Il ne sont pas si facile à repérer, les K et les Z, sur des titres aussi longs et improbables.;-)
      Mon deuxième titre arrive bientôt ! Bonne semaine !

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  5. Alors, tu ne l'as pas trouvé un peu modianesque ?

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    1. Hmmm... C'est à dire que je n'ai jamais lu Modiano, et étrangement je ne suis pas tentée. Mais ta réflexion m'intrigue ! Peut-être devrais-je me repencher sur le cas Modiano !;-)

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    2. Je dirais oui, mais je ne suis vraiment pas objective quand il s'agit de Modiano.

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    3. Tiens, quand j'y pense, Galéa aussi est une inconditionnelle de Modiano et elle me semble également bien adhérer à l'univers murakamiesque. OK, vous m'intriguez toutes les deux, je vais étudier ce Modiano de plus près. Bon, le problème comme toujours, c'est, par lequel commencer ?...

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    4. Je ne dirais pas qu'ils sont tous bons et je ne les ai pas tous lus. Commence peut-être par Rue des boutiques obscures pour lequel il a obtenu le Goncourt. Parmi les derniers, j'ai beaucoup aimé Un pedigree et Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier. (Mais je crois que je vais les relire tous dans l'ordre un jour.)

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    5. OK, je prends note de tes recommandations. Ça m'arrange beaucoup ce premier tri, merci !:-)

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  6. Bonsoir A_girl, j'avoue n'avoir lu que Kafka sur le rivage qui m'avait plu mais je n'ai pas continuer sur ma lancée. Sans raison précise. Celui-ci ne me tente pas plus que cela. Bonne soirée.

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    1. Bonsoir Dasola, je comprends, il y a plein d'auteurs que ça dont le premier roman que j'ai lu m'a plu et dont je n'ai pas poursuivi la lecture des autres oeuvres. Sans raison précise comme tu dis. Enfin, si, souvent le manque de temps face à toutes les tentations livresques et l'envie de découvrir de nouveaux auteurs.:-) Mais bon, j'ai 3-4 auteurs comme ça dont je lirais volontiers tout, et Murakami en fait partie ! Bonne soirée.

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  7. Encore jamais lu Murakami et vu mon blocage sur la littérature japonaise... Ton billet n'arrive malheureusement pas à me convaincre. Mais qui sait, un jour peut-être ;-)

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    1. Si je devais te recommander un Murakami, ce ne serait pas celui-là, bien que beaucoup aient aimé, davantage que moi d'ailleurs, et que je ne pense pas qu'il te déplairait. On en reparlera si un jour tu veux te lancer dans l'aventure murakamiesque.;-)

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  8. je ne lis plus cet auteur, il doit y avoir incompatibilité entre lui et moi! :)

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  9. Je n'ai lu que "Les amants du spootnik " de Murakami. Je ne pense pas que ce titre me rendra inconditionnelle de cet auteur, mais inconditionnels sont plutôt gaulois !

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    1. Aaah mais c'est vrai que tu as déjà lu un Murakami. Un de ceux qui m'ont le moins convaincu mais ça n'a rien cassé entre nous.;-)

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